Sofia Coppola et moi

Aujourd’hui, je vais vous raconter une vieille histoire : comment j’ai passé un moment avec Sofia Coppola dans une chambre d’hôtel. Non, ce n’est pas une histoire de blogueur qui peut interviewer une star. C’est bien plus héroïque que ça. Nous sommes au mois de mai 1996. Je travail alors au service logistique du MIF (bien éloigné de la MILF vu qu’il s’agit du Marché International du Film), dans le cadre du Festival de Cannes, dont le Président n’était autre que Francis Ford Coppola. Mon boulot (le terme est fort) était assez basique. Livrer des poubelles aux exposants qui n’en avaient pas. Vérifier le matériel sur les stands des distributeurs. Bref, l’éclate dans les sous-sols du Palais des Festivals. Cela dit, on apprend beaucoup de chose et visitant ces stands. On se rend compte qu’il n’y a pas que le cinéma américain par exemple. On comprend aussi pourquoi la majorité n’arrivent pas à exporter leurs « films » au-delà de leurs frontières. Anyway.

Un beau jour cependant, autour des 14h, le téléphone sonne. Bête mais discipliné, je décroche, sans savoir que cet appel allait ruiner ma tranquillité.

« Service logistique, je peux vous aider ? »

« Ouais, c’est Johnny là, on a une galère. Coppola a un souci avec son imprimante, est-ce que vous en auriez en stock ? »

« Heu… non, j’ai des tabourets, des banques, mais pas d’imprimante ici »

« On est dans la merde »

« Heu… Je peux aider si vous voulez, je suis un peu bidouilleur et… »

« Ok, il n’est pas là, rendez-vous dans sa suite »

1184585491_oscarEt me voilà parti en direction du Carton. Avantage du badge « all access », on ne m’emmerde pas trop et je me retrouve avec une simplicité déconcertante devant la porte du Maître. Moi, le ciné, c’était pas trop mon truc, donc je n’étais pas plus impressionné que ça. Je toque à la porte. Obéissante, cette dernière s’ouvre.

Une jeune femme en culotte de coton et petit tee-shirt semble assez énervée au téléphone. Elle tourne en rond. Elle me jette des coups d’œil se demandant qui je suis et ce que je fiche là, ce qui ne l’empêche pas de sacrer à coup de fuck par-ci et de fuck par-là.

« Heu… somebody called me for your printer issue. May be I… »

Je sais, comme ça, ça ressemble à un mauvais porno, d’autant qu’il faisait chaud et que j’étais bien suintant. Pourtant, je vous rassure, ca n’ira pas beaucoup plus loin. Je vais bidouille le Powerbook de Francis une bonne demi-heure, et n’arriverai jamais la faire imprimer la moindre feuille. La jeune femme aura tourné en rond et en s’excitant dans son téléphone sans prêter attention au magnifique jeune homme que j’étais.

Elle ne fera pas plus attention à mon « au revoir ». J’aurais passé une quarantaine de minutes avec Sofia Coppola, dans une chambre du Carlton, sans personne d’autre. Juste elle et moi. Sauf que pour le coup, j’étais un peu lost in translation. A cause d’une printer.

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